Engagements quotidiens

"Le courage, c'est d'aller vers l'idéal, et de comprendre le réel." Jean Jaurès

19 mai 2007

Politique sans frontières

SGE La presse avait vu juste. Peu ou proue, la composition du gouvernement annoncée par le Secrétaire général de l'Elysée hier correspond exactement aux prévisions journalistiques. Alors, qu'avons-nous ?
Parlons déjà du Premier ministre, François Fillon. Ce qui m'étonne, c'est d'entendre les commentaires plutôt cordiaux voire chaleureux, émaner d'un peu partout. Ainsi, j'ai pu lire dans 20 minutes il y a quelques jours la réaction de François Chérèque, patron de la CFDT, affirmer en gros que la nomination de Fillon est une plutôt bonne nouvelle, étant donné que c'est quelqu'un qui a un respect certain pour les partenaires sociaux. M. Fillon a sans doute un respect certain pour les partenaires sociaux qui passent sous la table, comme M. Chérèque. En revanche, il faut rappeler qu'il éprouve un profond mépris pour le mouvement social, comme il a pu le démontrer pendant le mouvement contre sa réforme des retraites en 2003, ou encore contre sa loi d'orientation pour l'Ecole, en 2005. François Fillon, c'est un rouleau-compresseur qui s'emploiera à détruire tous les acquis sociaux qui gèneront son passage. Voyons maintenant comment est composé le gouvernement dont Fillon prend la tête.

Sarkozy avait promis un gouvernement resseré de 15 membres. Jusque là, c'est chose faite. Il avait promis un renouvellement de la vie politique. Ah bon. C'est probablement le message qu'il a voulu envoyer en nommant Alain Juppé, un homme on ne peut plus neuf, numéro 2 du gouvernement. En charge du développement durable, on peut escompter qu'il mettra moins de monde dans la rue qu'en 1995 au moment de la réforme des retraites. Au chapitre "renouvellement", nous avons aussi Michèle Alliot-Marie dans un ministère de l'Intérieur que Sarkozy aura pris soin de dépouiller de ses prérogatives importantes avant l'installation de sa successeur, Christine Boutin, la catho intégriste fer de lance de la lutte anti-PACS, Bussereau ou encore Bachelot...
Quelques personnalités à moitié neuves, Bertrand, Dati, Pécresse. Et c'est à peu près tout. On peut donc dire sans trop risquer la mauvaise foi que le renouvellement anoncé par Sarkozy est passé à la trappe au profit des nécessaires logiques d'équilibre entre les différents clans.

Parlons maintenant de ce qui fait les gros titres, à savoir la fameuse "ouverture". Commençons par Eric Besson. J'espérais que Nicolas Sarkozy le laisse sur le carreau. Je pense qu'il a dû être forcé de le nommer par manque de personnalités de gauche qui puissent témoigner réellement de sa volonté d'ouverture. Ou alors, et c'est également possible, il préparait avec Besson son ralliement depuis des mois et des mois. Parce qu'on peut penser que sinon, à la place de Sarkozy, il paraitraît évident qu'un type qui a trahi ses amis d'une si belle façon et dans un laps de temps aussi court, ne serait pas quelqu'un d'assez fiable pour se voir confier un poste ministériel. Enfin bon, tant pis. Je signe un gros chèque à celui qui sera capable, au cours d'un de ses déplacements, de le recouvrir de goudron et de plumes.

Et puis enfin, la plus grosse prise de Sarkozy, Bernard Kouchner. Kouchner l'homme au grand coeur. Kouchner l'homme populaire, le fondateur de MSF et Médecins du Monde. Médecins du Monde, justement. Le canard enchainé révèle, dans sa dernière édition, une histoire surprenante. Bernard Kouchner aurait été arrêté à une vitesse décoiffante sur une autoroute de haute-savoie, au volant d'une magnifique Ferrari. Bon, après tout pourquoi pas. Son permis retiré, quelle ne fut pas la surprise des gendarmes en cours de verbalisation quand ils se sont aperçus que le véhicule était la propriété de... Médecins du Monde, l'organisation humanitaire. Donc je disais, Bernard Kouchner, l'homme au grand coeur, et c'est bien connu, l'homme de gauche. ça c'est ce qu'en savent la plupart des gens. Il suffit de fréquenter un petit peu le Parti socialiste pour savoir que Bernard Kouchner, déjà, n'est pas franchement un furieux gauchiste. Pour savoir ensuite, que c'est un grand carriériste, qui rage que l'on ne lui ait jamais confié le Quai d'Orsay, qui se croit maltraité par le Parti. Seulement voilà, la règle voudrait que quand on fait de la politique, et a fortiori quand on est de gauche, on ne le fait pas pour soi, sa petite personne et sa petite carière. C'est pourtant ce qu'a choisi de faire Bernard Kouchner aujourd'hui. En acceptant la proposition -habile- de Nicolas Sarkozy, Kouchner devient un ministre de droite parmi d'autres ministres de droite. Et à ce titre, je ne vois pas bien quelle autre décision aurait pu prendre la direction du PS que celle de déchirer sa carte.

On peut tout de même noter ici encore une fois la grande habileté de Nicolas Sarkozy, et sa force tactique. Il y aura peut-être des dissensions au sein de ce gouvernement, dûes au fait que tous les ministres ne sont pas issus du même camps. Mais il veillera à ce que cette discorde n'apparaisse pas avant les législatives, et faites lui confiance, il y parviendra aisément. Et du coup, en attendant, par cette image d'"ouverture", il asphyxie encore davantage le PS et l'ex-UDF, qui n'en avaient pas besoin, à la veille des législatives, en leur prenant encore et encore de l'espace. Alors, ouverture ? Non non, encore une manipulation sarkozyenne, à laquelle les carriéristes de tous poils n'auront pas su résister (on ne s'attendait pas à mieux de leur part), et qui permet au nouveau Président d'arriver, rassembleur, hégémonique, pour les élections législatives. Pas mal...

Je lisais tout à l'heure un bon mot au sujet de cette politique de "débauchages" à gauche, sur le site de campagne de Françoise Rigaud, candidate socialiste aux législatives dans la 3ème circonscription de l'Ain ; puisque Nicolas Sarkozy cherche à tout prix des ministres socialistes pour son gouvernement, donnez lui les meilleurs : votez socialiste aux législatives de juin pour une majorité parlementaire de gauche !

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09 mai 2007

Bienvenue dans la France d'après !

Et merde ! A peine Nicolas Sarkozy élu, Johnny Halliday nous annonce qu'il compte revenir en France, après quelques mois d'exil fiscal. Nous avons maintenant la réponse ; la France d'après de Nicolas Sarkozy, c'est... La Suisse ! Ce sont les riches qui vont être contents !

Les riches justement, n'ont pas attendu longtemps pour exprimer leur gratitude au Président qui saura, mieux que personne, satisfaire leurs désirs les plus fous. C'est en effet sur un yacht luxueux appartenant au grand industriel ET patron de presse, Vincent Bolloré, que Sarkozy s'est payé sa fameuse retraite de deux jours au large de Malte au lendemain des élections. Les français ne manqueront pas d'apprécier la carte postale. Je ne sais pas si notre nouveau Président a choisi Silvio Berlusconi comme conseiller en communication, ou s'il a délibérément souhaité faire un bras d'honneur aux millions de français qui vivent avec moins de 900€ par mois, en tout cas l'effet est prodigieux.

Peut-être aussi que j'ai un bien trop mauvais esprit, et que comme le disait Rachida Dati hier soir chez Fogiel, c'est normal, Nicolas Sarkozy n'ayant pas de résidence secondaire, lui. Ben ça alors, ça me tirerait presque une larme. Zola à côté, c'est Walt Disney. D'ailleurs, Nicolas Sarkozy ne doit pas non plus avoir de résidence principale parisienne, puisque le soir des résultats il a passé la nuit dans un hôtel de luxe. C'est vraiment trop dur la vie de Président, on vous dit.

Bon, donc on attend toujours les premiers signes de renouvellement de la vie politique du côté de Nicolas Sarkozy. Comme le faisait remarquer un humoriste, lui qui a parlé de "renouveau" dans son discours à la Concorde, a directement embrayé sur un concert avec... Mireille Mathieu et Enrico Macias. Blague à part, j'espère que les français qui ont majoritairement voté pour Nicolas Sarkozy n'ont pas déjà la gueule de bois. Quoi, vous n'y croyez déjà plus, à la France d'après ?...

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07 mai 2007

Premières heures à Sarkoland...

image_30590211_192_144Nicolas Sarkozy est devenu hier soir le sixième Président de la Vème République. Il faut l'avouer, avec plus de 53% des voix, sa victoire est large, d'autant plus que la participation au scrutin a été massive. On peut d'ores-et-déjà affirmer sans trop risquer de se tromper que les cinq prochaines années vont être difficiles. Difficiles pour les jeunes, pour les salariés, pour le service public, et pour tout ce que la France porte en valeurs d'égalité, de solidarité et de fraternité. Si l'on pensait pouvoir se reposer après le quinquennat lourd en mouvements sociaux que nous venons de connaître, nous nous trompions lourdement. À tel point que le mouvement contre le CPE paraîtra probablement, avec le recul, comme une sympathique et détendue répétition générale par rapport à ce qui nous attend très prochainement. Il nous faut donc dès maintenant nous mettre collectivement au travail pour parer à toutes les attaques qui ne manqueront pas de pleuvoir dès l'été sur nos droits et libertés, individuels et collectifs.

Je ne me risquerai pas dès aujourd'hui à l'analyse de ce qu'il faut qualifier d'un échec de la gauche. Echec collectif de la gauche qui se trouve ramenée à un niveau électoral historiquement bas. Echec du Parti socialiste et de sa candidate qui n'est pas parvenue, au deuxième tour, à rassembler plus de 47% des suffrages, c'est-à-dire moins bien que Jospin en 1995, dans des circonstances bien différentes.

Les circonstances en effet, il faut le rappeler, sont les suivantes : nous venons de passer cinq ans avec la droite au pouvoir, moulte mouvements sociaux dont un de très grande ampleur l'année dernière, de cinglants désaveux électoraux subis en cours de route par la majorité UMP, et nous sommes en face d'un candidat de la droite qui a un effet répulsif sur un nombre important d'électeurs. Avec tout ça, me direz-vous, il aurait fallu déployer des efforts surhumains pour ne pas gagner. C'est visiblement ce que nous avons fait. Pour l'instant je dis "nous". J'aurai la politesse de ne pas, dès le lendemain, tirer sur l'ambulance. D'autres s'y sont attelés dès le soir même. On a pu voir un DSK très critique sur les plateaux de télévisions. C'est amusant de voir comment ceux qui tentent le plus de se mettre en avant à la veille des législatives et d'un congrès du PS qu'on anonce sanglant, sont les mêmes dont la stratégie électorale vient manifestement d'échouer. C'est un peu la même tactique que celle qu'emploient les libéraux dans leurs commentaires économiques ; "Comment, ça ne fonctionne pas ? C'est que vous n'avez pas assez libéralisé", et répétant ce refrain jusqu'à la rupture. "Comment, ça n'a pas fonctionné ? C'est que vous n'êtes pas encore allés assez au centre..." Enfin bon, pour l'instant, restons-en au constat, on aura bien assez de temps bientôt pour tirer toutes les leçons de cette élection.

265015Parlons à présent de ce que les médias ont cru bon d'appeler les "quelques incidents qui ont émaillé la soirée d'hier". Sarkozy était à peine élu depuis quelques minutes que déjà des centaines de personnes convergeaient vers les centre-villes des plus grandes métropoles pour faire entendre leur inquiétude.

Soyons clairs quant aux motifs pour lesquels, avec d'autres militants socialistes, nous y sommes allés, à Bellecour pour notre part. Il ne s'agissait pas de nier l'élection de Nicolas Sarkozy, la démocratie a parlé, ç'aurait été stupide. Il ne s'agissait pas non plus, vous l'imaginez bien, d'exprimer notre colère en cassant les vitrines des grandes enseignes bourgeoises, ou en envoyant des cadavres de bouteilles sur nos amis CRS, ou plutôt gendarmes mobiles, comme certains d'entre eux nous l'ont fait remarquer, l'air outré. Il s'agissait simplement d'envoyer un message au nouveau Président de la République. De lui dire, vous avez été élu, mais nous sommes là, et durant les cinq années à venir, vous nous trouverez sur votre chemin quand il s'agira de casser les systèmes de solidarité, de rogner sur les droits des salariés, ou de précariser la jeunesse. C'était le message que nous souhaitions faire passer en nous rassemblant.

Mais bien entendu, il y a toujours quelques éléments agités qui souhaitent en découdre, et c'est regrettable pour l'image donnée de ces rassemblements. Il y a aussi et surtout, il faut le dire, un comportement plus que provocateur du côté de la police. Alors que vers 22 heures, il y avait déja quelques milliers de personnes sur la place Bellecour, les forces de l'ordre, sûrement plus pressées d'en découdre quand le théatre de cette manifestation se trouve être sous les fenêtres des riches habitants de la presqu'île, ont fait un usage très généreux de gaz lacrymogène, de charges, puis de flashballs, tirés sans trop de précaution au milieu de la foule, et parfois même à quelques mètres des camions de presse, stationnés dans un coin de la place. Quoi de mieux pour radicaliser les gens qui étaient majoritairement venus là de manière pacifique, et faire durer les "incidents" jusqu'au bout de la nuit ? Que dire de la foule de voitures de police, toutes sirènes hurlantes, manquant d'écraser (volontairement, ou pour effrayer ?) des passants en train de courir sur le trottoir en direction de la presqu'île. En tout cas, tout ça n'est pas pour rassurer sur la teneur des cinq années qui nous attendent. Au travail !

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13 avril 2007

Après Raymond Barre, l'état de santé de Michel Rocard s'aggrave...

Dans une tribune pour Le Monde de cet après-midi, Michel Rocard lance un appel à l'union dès l'avant premier tour entre Royal et Bayrou, entre le PS et l'UDF, entre... la gauche et la droite ?

Encore une nouvelle sortie de Michel Rocard au sujet de l'UDF. Rocard s'accroche à sa marotte centriste comme un vieillard pourrait s'accrocher à sa canne. Explications.

Pour lui, il n'y a plus grand chose aujourd'hui qui sépare les "sociaux-démocrates" des "démocrates-sociaux". Pour le sous-titrage, il s'agit respectivement des socialistes et des centristes, selon Rocard. Il faudrait donc que ces deux "courants" politiques ne fassent plus qu'un. Oui mais voilà, le premier problème, c'est que personne n'a à y gagner. J'ose croire qu'il n'y a pas que des "sociaux-démocrates", ou pour faire plus simple, des gens de centre-gauche, qui votent PS aujourd'hui, et "dieu" merci. Quand on voit toutes les voix qui se perdent à la gauche du PS, fait assez unique en Europe, il serait certainement très malvenu électoralement et idéologiquement de laisser tout ce terrain définitivement libre à l'extrême-gauche pour proliférer, ce qu'elle fait déjà bien assez aujourd'hui. Parce que c'est ce qui se passerait assurément si alliance il y avait avec l'UDF, tous ces électeurs penseraient à juste titre que le PS a choisi de se replier franchement sur son aile droite, voire sur son aile "d'extrême-droite" si l'on peut dire, et qu'un vote PS n'est plus un vote utile pour le changement, mais... un vote de renoncement, un vote de droite ! Il y a donc fort à parier que le PS ferait une mauvaise plutot qu'une bonne opération électorale en s'alliant avec l'UDF, sans compter le désastre idéologique que cela constituerait, et qui n'est même pas imaginable pour les gens de gauche que nous sommes.

Et on pourrait poser à peu près le même problème pour François Bayrou, même si ça nous intéresse moins. Il ne faut pas se leurrer, et nous le disons depuis le début de cette campagne : les électeurs de Bayrou ne sont pas majoritairement des purs centristes comme voudrait le croire Michel Rocard, ce sont majoritairement des électeurs de droite, c'est bien là que le bas blesse. C'est-à-dire que probablement, en cas d'alliance avec le PS, ces électeurs se tourneraient vers celui que Rocard pointe à raison comme l'ennemi dans sa tribune, le représentant de la droite, Nicolas Sarkozy.

Et puis, pour parler enfin de la forme que pourrait prendre cette pseudo-alliance, quelle serait-elle ? à moins de 10 jours du premier tour, ça ne pourrait être qu'un désistement ! Et soyons sérieux, est-ce que Bayrou accepterait de se désister en faveur de Ségolène Royal ? certainement pas, et si je ne pose pas le cas inverse, c'est qu'il est encore moins envisageable.

En conclusion, n'en déplaise à M. Rocard qui joue pour une einième fois sa carte perso de la division du PS, le seul vote de changement, et le seul vote qui servira réellement à battre Nicolas Sarkozy, c'est le vote Ségolène Royal.

Pour un de ceux qu'on a la fâcheuse habitude de qualifier de "rocardien", la meilleure chose que vous puissiez faire à ce stade, M. Rocard, c'est d'enfiler vos charentaises et votre robe de chambre, et dans votre prochaine tribune, de nous parler du dernier épisode de l'inspecteur Derrick plutôt que de politique.

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24 février 2007

De l'instrumentalisation du désespoir...

Je suis en colère. En colère contre ces VRP à la main jaune, ces vendeurs d'anti-racisme de pacotille, ces manipulateurs permanentés.

Je m'explique. J'ai toujours eu des scrupules à cracher ouvertement sur SOS Racisme et son réseau. C'est vrai : critiquer une association anti-raciste, c'est suspect. De même qu'arracher un autocollant pourvu du fameux "touche pas à mon pote !", vous assure immédiatement la foudre des regards réprobateurs des passants. Pourtant aujourd'hui, c'est décidé, je me lance.

Le sujet de ma colère, vous en avez peut-être entendu parler dans les journeaux ou à la télévision. Un lycéen, Adyl, voulant protester contre le risque d'expulsion encouru par un de ses camarades d'origine macédonienne, qui risquait la mort de retour dans son pays, avait entamé une grève de la faim devant son bahut depuis plusieurs jours. Tout ça se passe à Chateauroux. Sur place, la fédération de l'UNL 36, dont Adyl est lui-même membre, organise le mouvement en coopération avec le RESF local. Les actions sont menées avec un affichage minimum que réclame une pudeur évidente dont il convient de se parer dans ce genre de dossiers. Ainsi une manifestation lycéenne organisée par l'UNL et le RESF regroupe près d'un millier de personnes, venues soutenir la cause de ce jeune menacé d'expulsion.

C'est là qu'on décèle la première apparition de la gangrène drayiste. Ah oui, peut-être un point politicien s'impose-t-il à ce moment du récit. En fait, pour les lecteurs néophytes, Julien Dray a à sa disposition un certain réseau associatif. Ce réseau peut aujourd'hui être qualifié de moribond au regard de ce qu'il a pu être à certaines époques, mais tout de même il reste en veille, et surtout ; il a les moyens. Ce réseau se compose essentiellement de SOS Racisme, la célèbre association anti-raciste, et de quelques lycéens recrutés par les permanents de SOS R, qui composent la FIDL, qui se veut syndicat lycéen. Ces réseaux, bien qu'assez faibles, sont structurés de manière pyramidale, Julien Dray occupant le sommet, avec en-dessous de lui, une poignée de permanents qui ont dédié leur vie au service de Juju. Quelques permanents de la FIDL ont donc débarqué par le TGV, les autocollants remplissant leurs eastpacks, prets à être collés sur tout lycéen crédule passant par là. Ce sont des méthodes que les militants prennent l'habitude de connaitre, sans jamais s'y faire. Mais les militants de l'UNL 36, eux, mobilisés sincèrement et peut-être naïvement contre l'expulsion de leur camarade, n'ont pas fait attention à ces invités surprises à l'attitude étrange.

Communiqués de presse, interviews, autocollants et mégaphones : voilà comment en une poignée de jours, selon la bonne vieille méthode drayiste, on peut se faire reconnaitre comme étant à la pointe d'un mouvement, alors qu'en fait derrière la vitrine médiatique, il n'y a rien. Le CPE, on a réagi 20 jours plus tard, mais c'est nous : vous avez pas vu notre beau camion dans la manif ? La victoire contre l'exclusion de Senjur à Chateauroux, on n'a aucun militant là-bas et on a pris le train à deux jours du dénouement, mais c'est nous : vous avez pas vu nos autocollants, et qui on a fait nommer médiateur ? Car oui l'histoire ne s'arrête pas là : Juste avant qu'Adyl ne suspende sa grève de la faim, au vu des récentes avancées obtenues et des vacances scolaires qui arrivent, quelques permanents de la FIDL se sont entretenus quelques temps avec lui. Juste assez apparemment, pour embrouiller les idées de ce jeune homme, après qu'il eut passé des jours et des jours sans manger. Il a nommé un médiateur, nous dit la FIDL. Qui ? Dominique Soppo, Président de SOS Racisme. Sans déconner, et il a trouvé ça tout seul ?...

Voilà quelle considération ces gens de la FIDL et de SOS Racisme ont pour la misère et le désespoir des gens. Soyez-en sûrs, chers amis, la lutte contre le racisme, ça n'est pas leur priorité. Leur priorité, c'est de tirer toujours plus la couverture médiatique à eux. On ne joue aucun rôle dans la lutte contre le racisme et les expulsions au quotidien parce qu'on n'est présents nulle part ? Qu'à cela ne tienne : envoyez autocollants, affiches, mégaphones, caméras et micros, et on va voir ce qu'on va voir. Précisément, à SOS Racisme, il n'y a rien à voir. Que des charognards cachés derrière des masques de bonnes intentions. La récup' comme mot d'ordre, les médias comme outil, et allons gaiement sapper le travail des associations de terrain. Je vous laisse, j'ai envie de vomir.

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Ségolène Royal, le changement, et le chausse-trappe centriste

Un titre complètement fourre-tout pour la bonne et simple raison que j'ai plusieurs choses à dire.

D'abord, puisque c'est le sujet qui m'intéresse prioritairement, la campagne de Ségolène Royal. Je disais dans un article précédent, certes un peu violemment, que j'attendais un changement pour pouvoir me sentir plus serein et confiant par rapport à cette campagne et au succès de son échéance. Nous y sommes ! Ou en tout cas, nous en prenons le chemin ! Les indices positifs que je note : un "pacte présidentiel" globalement plutôt satisfaisant, et qui laisse entrevoir enfin clairement aux français, je l'espère, que le changement en 2007, ne peut passer que par le vote Ségolène Royal. Ensuite, un discours mieux maîtrisé, plus en phase, et clairement à gauche. Enfin, une dynamique de campagne qui sort de "l'anarchie" décrite par Ségolène Royal elle-même, qui dénote d'une réelle volonté de rassembler la gauche et le Parti socialiste, afin de mettre tous les talents au service de la victoire ; en cela je le dis, l'entrée de Fabius, Strauss-Kahn et Jospin dans l'équipe de campagne est, sans équivoque, une très bonne nouvelle !

Mais je voulais également parler de l'inquiétante "montée en puissance", si l'on peut dire, de François Bayrou. Cet homme de droite qui s'est, depuis quelques mois, découvert une vocation d'"extrême-centriste", de candidat "anti-système", prêt à renverser les clivages. Les électeurs de la gauche ne doivent pas tomber dans le panneau : François Bayrou joue dans cette campagne le rôle de cheval de Troie de la droite. Car qui peut s'y méprendre ? Bayrou et l'UDF ont, depuis le départ et avec une constance absolue, servi la droite au parlement, au gouvernement et dans les collectivités locales. Le RPR puis l'UMP ne manquent d'ailleurs pas de leur renvoyer l'ascensceur, en permettant à l'UDF d'avoir un groupe parlementaire, par le biais d'accords de désistements lors des élections législatives. Pas de possibilité d'erreur : être de gauche et voter Bayrou, ça n'est pas une expérience intéressante, ça n'est pas "fun" : c'est incompatible. Rappelons-nous de 2002 ; cette année, l'émiettement des voix au premier tour doit être banni. En cas d'élimination précoce, on ne pourra pas dire qu'on ne savait pas.

Je vous renvoie à ce sujet à une tribune de Benoit Hamon parue dans Libération, qui dit tout ça bien mieux que moi.

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07 février 2007

Messieurs les censeurs, bonsoir !

Aujourd'hui se tient au TGI de Paris le procès de Charlie Hebdo. Le journal est poursuivi pour "injures", suite aux dépôts de plaintes de la Grande mosquée de Paris, de l'UOIF et de la Ligue islamique mondiale. Ces plaintes ont fait suite à la publication par Charlie des caricatures danoises qui avaient suscité la polémique voilà quelques mois.

Ce procès brasse avec lui beaucoup de questions dans l'esprit de certains. Au premier rang desquelles ; quelle limite à la liberté d'expression ? La réponse est pourtant simple, la limite à la liberté d'expression, c'est le droit. Qu'a fait Charlie Hebdo en publiant ces caricatures ? L'hebdomadaire s'est moqué des intégristes, et a raillé certains aspects d'une religion. Il y a donc deux questions qui se posent instinctivement. Est-ce que se moquer des intégristes, des terroristes, c'est "injurier" les musulmans ? Si oui, alors c'est très grave, cela voudrait dire que les plaignants sont solidaires des intégristes et qu'ils voudraient emmener avec eux la communauté musulmane. Excepté l'UOIF, on peut oser espérer que ce n'est pas ça qui motive la plainte déposée par Boubakeur, supposé modéré.

Alors c'est que la vraie question doit être ailleurs. En se moquant de l'islam, dit Boubakeur, on insulte les musulmans. On touche là également à un souci important. En effet, il est indispensable de dire qu'il y a une séparation nette entre le culte, le dogme d'une part, et les personnes qui l'exercent d'autre part. La dignité de la personne est fondamentale, le dogme, l'idéologie, en revanche, peuvent souffrir d'être moqués. Et la religion n'a pas à être au dessus des autres idéologies, sous prétexte qu'elle est "tout" pour certains. Quelqu'un peut croire en ce qu'il veut, mais moi j'ai le droit de ne pas y croire, et de m'en moquer selon mon bon vouloir ; tant que ce n'est pas une personne que j'insulte.

D'autres, dont apparemment le Président de la République lui-même, tiennent une autre position, assez étrange. Ces caricatures seraient de nature à provoquer des incidents, des manifestations violentes orchestrées par des intégristes, donc il faut éviter de jeter de l'huile sur le feu. En gros, il faut être gentil avec les terroristes pour qu'ils ne soient pas trop méchants en retour. Quitte, en l'occurrence, à renier nos valeurs et les principes fondamentaux de la République. Dans ce cas alors, les intégristes ont gagné, ils ont réussi, par la terreur, à nous faire renoncer à nos valeurs les plus importantes, que sont la liberté d'expression et la laïcité. Cette position est d'une inconscience folle. Ceux qui croient encore aux vertus de la Démocratie doivent refuser de signer l'acte de décès de la République, la main guidée par des tarés intégristes.

En fait, derrière ce procès en "injures", se cache quelque chose de beaucoup plus incidieux, un rêve carressé par beaucoup depuis 1905, dont apparemment l'UOIF et la mosquée de Paris : le retour du délit de blasphème. Cette idée qui voudrait que dieu et la religion soient consacrés par la loi comme intouchables, inattaquables. Un obscurantisme qui met le masque du respect de la personne humaine pour mieux avancer.

La décision de justice qui est attendue pour demain est donc importante. Elle dira si la censure religieuse a désormais de nouveau droit de Cité dans notre pays, ou si nous pouvons continuer à vivre dans une République laïque, où les citoyens sont libres de leur expression. Moi, j'ai fait mon choix. Messieurs les censeurs, bonsoir !

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06 février 2007

Vive l'impôt !

Je souhaite attirer votre attention sur un sujet qui fait particulièrement parler de lui depuis quelques temps. On le décrie à droite quand on n'ose pas trop en parler à gauche, vous l'aurez compris je parle de l'impôt.

Les récents évènements au PS ont mis en lumière le fait qu'il est grand temps pour nous, militants de gauche, de dire aujourd'hui : vive l'impôt ! Vive l'impôt, car il est le vecteur essentiel de la solidarité nationale, c'est lui qui permet aux citoyens de pouvoir compter sur des services publics de qualité, quelle que soit leur condition sociale. Il est temps que la gauche se saisisse de cette question, et ose dire que, de retour au pouvoir, elle augmentera les impôts pour les catégories les plus riches de la population.

Je vous invite donc vivement à signer la pétition "Pourquoi nous consentons à l'impôt" lancée par Alternatives économiques, et d'ores-et-déja signée par Philippe Askenazy, Louis Chauvel, François Dubet et bien d'autres...

Je vous invite également à vous procurer le nouveau livre de Liem Hoang Ngoc, maître de conférences à Paris I, membre du CN du PS et du Nouveau parti socialiste, qui s'appelle bien sûr, "Vive l'impôt !".

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23 janvier 2007

C'est dit !

Voilà c'est dit. Ségolène Royal s'est récemment prononcée, lors d'un meeting à Toulon, en faveur d'une allocation d'autonomie pour les jeunes.

Je voulais en parler avant mais en raison d'un bug je n'avais pas pu accéder à canalblog. Enfin, l'essentiel est là ; après avoir été portée depuis une cinquantaine d'années par l'UNEF (non sans évolutions, d'accord), depuis une bonne dizaine d'années par le MJS, inscrite dans le projet socialiste lui-même approuvé par 85% des adhérents, cette revendication fondamentale a désormais peut-être des chances de voir réellement le jour. Faut-il rappeler en quoi consiste l'allocation d'autonomie, universelle et individualisée ? Rapidement, c'est une allocation versée à tous les jeunes en formation dans l'enseignement supérieur, ou dans des structures annexes, afin de leur permettre de vivre leurs études en pleine autonomie vis-à-vis de leurs parents, et en supprimant du même coup le besoin de se salarier pendant la période d'étude, qui augmente le risque d'échec.

Bon, certes, l'annonce est timide. Elle est surtout pressée dans un contexte où le candidat Sarkozy s'empare de ces questions, et formule des propositions. Ces propositions sont essentiellement basées sur la possibilité pour les étudiants de bénéficier de prêts à taux zéro. Quelle meilleure manière, en effet, de commencer dans la vie, qu'en s'endettant pour des années ?...

Enfin, il ne faut pas se le cacher, c'est une annonce qui rassure un tout petit peu dans le contexte que l'on connait. Je me demande depuis quelques temps où nous allons avec cette campagne de Ségolène Royal. Nous sommes depuis maintenant plusieurs semaines dans ce que Ségolène Royal a appelé la phase de consultation et de réflexion par rapport au projet. Un projet, pourtant, nous en avons un, comme dit précédemment, approuvé par 85% des adhérents. Oui, mais il faut "écouter le peuple". Il est vrai que que ce projet est probablement le fruit de la réflexion de personnes exilées depuis 5 ans dans une grotte lointaine, et qui se sont demandé tout au long de la rédaction "qu'est-ce qu'on pourrait écrire et dont les français n'ont rien à foutre ?". En attendant, nous devrons encore tenir un mois à répondre aux gens qui nous demandent ce que nous ferons pour eux si nous sommes élus : "pour l'instant on ne sait pas, on est en train d'écrire le projet avec des types dans des bistrots." La nouvelle politique, surement. Et c'est sûrement aussi le nouveau socialisme, qui veut que l'on refuse de dire que ceux qui gagnent au-dessus de 4 000€ nets par mois font partie de la classe supérieure, et qu'il est normal de revenir sur les baisses d'impôts qui les ont concernés d'une manière socialement injuste et économiquement abérrante depuis 5 ans ? La nouvelle communication politique, ensuite, qui veut que l'on confie l'organisation de grands "débats participatifs" à une boite de com', qui trie les interventions sur le volet (la démocratie participative est à géométrie variable), le tout sur un fond "bleu UMP" ? Le nouveau militantisme, enfin, qui veut que l'on confie la campagne jeunes, à grands renforts de moyens, à son fils et trois potes à lui, plutôt qu'à l'organisation de jeunesse officielle, riche en expérience, en propositions et surtout en militants ?

Bref, il y a de quoi s'inquiéter, mais je suis sûr que rien n'est perdu. Il nous reste encore 3 mois pour prendre un virage et convaincre les français que le changement, c'est le vote socialiste. Courage à tous, ce n'est pas le travail qui manque.

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04 janvier 2007

Je reprends du service...

... Enfin je vais au moins essayer !

Après la mort de mon ancien hébergeur (tooblog.fr), j'avais été victime d'une fermeture forcée de mon blog qui m'avait, il faut le dire, bien arrangé, vu mon assiduité à l'écriture...

Après déménagement, ce blog ouvre donc de nouveau, et j'aurai j'espère, plus de temps pour l'alimenter.

Au fait, bonne année à tous !

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